|
Parler de sa douleur, c’est oser nous en parler
pour la
combattre ensemble !
La plainte du patient !
Texte rédigé par Valérie THEO - Infirmière de Chirurgie - Membre du CLUD
La douleur ?
Un problème de santé
Publique évalué à 500 millions d’euros par an en termes de perte d’activité, de
médicaments et de prise en charge.
« LA DOULEUR, LA COMPAGNE DE L’HOMME
TRAVERSANT L’HISTOIRE DE LA MEDECINE COMME SA BANDE-SON BRUYANTE » (Dr Fabrice
Lorin). Elle représente 95% des motifs de consultation.
La douleur, une alerte ,
un avertissement ; l’organisme est menacé… « j’ai
mal »…expression tellement fréquente qu’elle paraît familière, banale à
tout médecin, à tous soignant.
Elle est définie par l’HAS (Haute Autorité de Santé) comme « une
expérience sensorielle et émotionnelle désagréable liée à une lésion tissulaire
existante, une lésion anatomique précise » qui, une fois le mécanisme rempli
doit cesser pour un soulagement rapide et durable.
Elle devient compréhensible
pour ceux qui en sont témoin grâce à la description faite par le patient mais elle
est difficile à apprécier car il n’existe pas de marqueurs biologiques pour la quantifier. On sait
qu’elle est objectivable , supportable, maîtrisable, qu’elle est maladie,
lésion, dysfonctionnement, mais aussi qu’elle revêt une part de subjectivité car
la composante organique n’est pas seule en jeu.
Ce qui nous intéresse, c’est réagir face à la douleur, en se posant toujours les mêmes questions :
où, pourquoi,
comment ?
2 méthodes sont alors associées :
1.
L’entretien
clinique - il vise sa localisation, son intensité, sa durée
2.
Des méthodes
d’évaluation (réglettes, échelles, dessins …) - ils permettent aux patients
d’exprimer, de traduire par des gestes ou des
mimiques, leur douleur dans toute
sa dimension somatique, psychique, comportementale, environnementale et
culturelle.
3.
La dimension
psychologique - Elle peut représenter selon la situation en cause, un facteur de
vulnérabilité et de maintien de la douleur que
nos médecins et soignants, ne peuvent écarter.
Le Dr Navez, (Responsable du Centre Anti douleur du
CHU de St Etienne), déclare : « les patients ont peur de ne pas
être compris, alors ils se taisent ».
Le Comité de Lutte
contre la Douleur de la Clinique Vauban, se veut actif pour lutter contre ce terrible constat.
Nous sommes
un établissement de santé à visée chirurgicale, médicale, gynécologique
et post-partum où, parturientes aux
grossesses difficiles ou
non, hommes et femmes, enfants et personne âgées aux
cultures différentes, aux antécédents médicaux et chirurgicaux multiples et
variés espèrent
une réponse rapide et
durable à leur douleur.
Nous savons que 3 facteurs prédominants
interagissent dans son expression :
1. Les facteurs
cliniques et somatiques pour lesquels les patients consultent.
2. Les facteurs
psychiques : angoisse du diagnostic, du réveil en post-opératoire, de la
mort, perte d’intégrité physique, relation avec
l’entourage et la famille,
place dans la société et dans son milieu professionnel lors du retour à son
domicile…
3. Les facteurs
socio-culturels : chômage, accident de travail, handicap, solitude,
précarité, barrière linguistique, tensions inter-ethniques
soignant/soigné, les
croyances religieuses.
Et nous savons aussi que Chacun
lui donne un sens qui dépend de ses
croyances :
1. Dans l’Islam,
elle est volonté de Dieu, on s’y soumet sans combattre.
2. Dans la
Chrétienté, elle est participation aux souffrances du Christ, elle absorbe les
péchés de l’Homme : « tu enfanteras dans la
douleur ! ».
3. Dans le
Judaïsme, elle est infligée par Dieu, la révolte est permise.
4. Dans la
pensée bouddhiste, elle n’est pas punition des Dieux, elle est ignorance des Hommes et purifie des actions
mauvaises accumulées
dans d’autres vies.
5. L’interprétation
mystique, religieuse, divine, fataliste du cri fait progressivement place à l’idée qu’il se passe autre
chose qu’une punition du tout-puissant.
Des hommes bien pensant, Confucius, Hippocrate, les médecins égyptiens comme
Erasistrate, autorisés à disséquer les cadavres, et l’école d’Alexandrie vont chercher à traduire et à expliquer
par la raison, la connaissance, les différents maux du corps. La pensée
critique et l’auto critique naissent de
la Grèce et de l’Asie ; elle est le
fruit d’une recherche pour le Bien, le progrès, l’écoute de l’autre par le débat où se mêlent des esprits en
quête de curiosité, de théorie, de savoir-faire ; Ils définissaient la douleur comme étant "une
spécificité clinique, un signe un symptôme naturel à évaluer et à
respecter" ; et "comme un chien de garde qui aboyait pour alerter
l’organisme", ils la définissaient comme chronique "quand le chien continuait
d’aboyer !".
En
conclusion de ces réflexions : il n’y a pas de différence dans le seuil
de la douleur mais il y a des différences à la tolérance à la
douleur ! quelle que soit la culture
et l’éducation du patient.
Une
enquête européenne , nommée PAINSTORY a
démontré, lors de la journée mondiale de la douleur en Octobre 2010, que sur
300 patients suivis pendant un an dans 13 pays, la prise en charge de la
douleur se révélait inefficace pour 95% d’entre eux - 6 sur 10 estimaient qu’elle contrôlait leur vie ; 73% réduisaient leur activité quotidienne et 59%
continuaient à supporter les effets secondaires des traitements.
Des chiffres alarmants que des établissements de soins
comme le nôtre, se proposent de combattre pour le confort de tous, en la
prenant en
considération - avec un suivi médical et para-médical personnalisé.
Parler de sa douleur, c’est oser nous en parler pour la
combattre ensemble !
|